UNE LETTRE OUVERTE À LA PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION EUROPÉENNE

Dans son Discours sur l’état de l’Union 2026, Ursula von der Leyen a déclaré aux Européens que seule l'Europe peut leur donner une véritable souveraineté. Voici notre réponse.

LA LETTRE OUVERTE

NOTRE RÉPONSE EST NON

Lettre ouverte en réponse au discours sur l'état de l'Union 2026

Madame la Présidente,

Dans votre discours sur l'état de l'Union, vous nous avez demandé si nous voulions une Europe plus forte, plus indépendante et dotée d'une plus grande capacité d'action. Vous nous avez dit que « seule l'Europe peut offrir une véritable souveraineté aux Européens ». Vous avez appelé à de nouvelles structures européennes de sécurité et à une intégration économique accrue.

Vous avez demandé une réponse aux Européens.

Notre réponse est NON.

Non pas parce que nous rejetons l'Europe. L'Europe est notre foyer.

Mais nous rejetons votre affirmation selon laquelle seule l'Europe peut donner aux Européens une véritable souveraineté. La souveraineté n'est pas quelque chose que l'Union européenne peut nous donner.

Tout pouvoir politique émane du peuple. Sa source n'est ni l'État, ni le gouvernement, ni l'Union européenne.

Parce que le peuple est souverain, l'État existe pour le servir et exécuter sa volonté. Son autorité vient du peuple, et non l'inverse.

L'Union européenne est encore un degré plus éloignée de cette source du pouvoir. Elle existe pour servir ses États membres et exécuter leur volonté, en n'exerçant que les compétences qu'ils ont décidé de lui confier.

L'Union européenne n'est pas un État souverain et ne peut pas donner la souveraineté aux Européens.

NOUS NE VOUS AVONS PAS DONNÉ CE MANDAT

Les pays qui ont rejoint l'UE en 2004 — dont beaucoup venaient à peine de se libérer d'un régime totalitaire — ont rejoint une Union établie par les traités alors en vigueur.

Peu après est venu le projet de Constitution européenne.

Lorsque les peuples ont réellement été consultés, la France a dit NON. Les Pays-Bas ont dit NON.

Une grande partie de ce projet est ensuite revenue sous la forme du traité de Lisbonne. Celui-ci a étendu le vote à la majorité et les compétences au niveau européen, alors que presque aucune population européenne n'a été autorisée à se prononcer directement à son sujet. L'Irlande a fait exception : les Irlandais ont d'abord rejeté le traité de Lisbonne, puis ont été invités à voter de nouveau après la négociation de garanties.

L'Union européenne telle qu'elle existe aujourd'hui s'est donc développée bien au-delà de ce que des millions d'habitants d'Europe centrale et orientale avaient initialement choisi de rejoindre. C'est un fait important lorsque vous parlez aujourd'hui de souveraineté européenne.

L'HISTOIRE DE L'EUROPE EST SANGLANTE

Après la fragmentation de l'autorité romaine en Europe occidentale, Charlemagne a uni une grande partie du continent sous une couronne impériale. Le mouvement d'intégration européenne invoque encore aujourd'hui son héritage.

Mais les siècles qui ont suivi ont été marqués par des luttes répétées pour la suprématie continentale entre des souverains et des dynasties dont les centres de pouvoir se trouvaient dans les territoires qui allaient devenir la France, les royaumes allemands et les îles Britanniques.

D'autres siècles. D'autres dirigeants. D'autres causes.

Mais un même schéma est revenu encore et encore. Les dirigeants cherchaient des territoires toujours plus vastes, davantage de ressources et davantage de personnes sur lesquelles exercer leur pouvoir et auprès desquelles lever des revenus. Leurs ambitions grandissaient ; les Européens ordinaires en payaient le prix.

Ils payaient les impôts. Ils fournissaient la main-d'œuvre. Ils fournissaient les soldats. Ils enterraient leurs enfants.

Des royaumes, des empires et des gouvernements sont nés et ont disparu. Les frontières ont bougé. Les drapeaux ont changé. Mais, génération après génération, des gens ordinaires ont été contraints de financer des ambitions qui n'étaient pas les leurs et de mourir dans des guerres visant à décider qui déterminerait l'ordre politique de l'Europe.

Quatre-vingt-un ans après la dernière guerre catastrophique en Europe, nous voyons de plus en plus de signes indiquant que l'Union européenne prépare l'Europe à une nouvelle grande confrontation avec la Russie, qui se considère depuis des siècles comme l'héritière de l'Empire romain d'Orient.

L'ancienne division entre Rome d'Occident et Rome d'Orient a peut-être disparu de notre vocabulaire politique, mais son héritage reste bien vivant. Il y a quelques années, l'Ukraine a interdit l'Église orthodoxe russe et rompt des liens religieux séculaires avec Moscou.

À deux reprises en un peu plus de deux siècles, une puissance européenne continentale qui avait placé une grande partie de l'Europe sous son contrôle s'est tournée vers l'est contre la Russie — Napoléon en 1812 et Hitler en 1941. Les deux campagnes se sont achevées par des catastrophes d'une ampleur inimaginable.

Nous ne permettrons pas que l'Europe soit organisée une troisième fois dans le même but. Nous ne jouerons plus les idiots utiles dans des guerres conçues par d'autres, financées avec notre argent et menées avec nos enfants.

L'Europe ne doit plus jamais être unie dans le but de faire la guerre.

L'histoire sanglante de l'Europe ne confère à aucune institution européenne le mandat moral de transformer les nations d'Europe en une seule puissance continentale.

Pendant des siècles, les tentatives de concentrer le pouvoir sur ce continent se sont, encore et encore, terminées par la rivalité, la domination et la guerre. Nous rejetons donc l'idée que l'unification de l'Europe doive se terminer par une nouvelle guerre avec la Russie ou une autre grande puissance.

Nous ne voulons pas d'un nouvel empire européen.

Nous voulons des nations européennes souveraines : pacifiques, prospères et libres de coopérer entre elles et avec le reste du monde.

Aucune capitale n'a le droit de gouverner l'Europe. Ni Paris. Ni Berlin. Ni Londres. Ni Moscou. Ni Bruxelles.

ET NOUS REJETONS VOTRE BILAN

VOUS N'AVEZ PAS RESPECTÉ LES DROITS ET L'EXIGENCE DE RESPONSABILITÉ QUE VOUS PRÊCHEZ.

L'UE n'a toujours pas adhéré à la Convention européenne des droits de l'homme malgré l'obligation que lui imposent ses propres traités, tandis que votre propre Commission a été condamnée pour sa gestion des demandes d'accès à vos communications avec Pfizer.

VOUS AVEZ AFFAIBLI L'ÉCONOMIE DE L'UNION EUROPÉENNE.

Les entreprises européennes sont confrontées à des prix de l'énergie bien supérieurs à ceux de leurs principaux concurrents, et seules quatre des cinquante plus grandes entreprises technologiques du monde sont européennes — tandis que Bruxelles réglemente toujours davantage les moindres détails de la vie économique.

VOUS N'AVEZ PAS PROTÉGÉ LES FRONTIÈRES DE L'EUROPE.

Des décennies de migration incontrôlée et de mauvaise application des règles ont exercé une pression croissante sur le logement, les écoles, les services publics et les budgets nationaux, tout en sapant la confiance du public dans la capacité des gouvernements à contrôler qui entre dans leur pays et qui y reste.

Et vos priorités se lisent dans votre propre budget : en 2026, l'Union européenne a consacré plus de 13 milliards d'euros à sa propre administration, mais seulement environ 5 milliards d'euros à la migration et à la gestion des frontières.

Nous rejetons également l'idée politique selon laquelle l'immigration de masse peut être utilisée pour affaiblir l'identité nationale. Les personnes venant de pays extérieurs à l'Europe ne partagent naturellement pas le même attachement hérité à nos histoires nationales, à nos institutions et à nos États. Une population ayant des liens historiques communs plus faibles peut être plus facile à convaincre que ces nations sont dépassées et devraient céder la place à un seul État européen supranational.

VOUS AVEZ REMPLACÉ LE PRAGMATISME PAR L'IDÉOLOGIE.

Par le Pacte vert, la tarification du carbone et des règles européennes contraignantes, les États membres sont tenus d'imposer des coûts à leur propre population afin de réaliser des priorités décidées au niveau européen. Une part toujours plus grande de ce que gagnent les Européens est réorientée vers des objectifs politiques qu'ils n'ont jamais choisis par un vote direct.

VOUS AVEZ REMPLACÉ LA DIPLOMATIE PAR LA CONFRONTATION.

Les relations avec la Russie sont largement gelées, tandis que les relations avec la Chine et même avec les États-Unis sont devenues de plus en plus conflictuelles. L'Europe doit être capable de maintenir des relations de travail avec les grandes puissances, même lorsque nous sommes en désaccord avec elles.

VOUS N'AVEZ PAS RESPECTÉ VOS PROPRES PRINCIPES.

L'UE promet la subsidiarité — des décisions prises au plus près des citoyens — alors que le pouvoir, la réglementation et l'administration continuent de s'accumuler au niveau européen.

VOUS N'AVEZ PAS DÉFENDU LA LIBERTÉ D'EXPRESSION, LA VIE PRIVÉE ET LE DROIT À LA DISSIDENCE POLITIQUE.

Les communications privées font l'objet d'une surveillance réglementaire croissante, les institutions de l'UE interviennent toujours plus profondément dans l'espace d'information politique en ligne, et des inquiétudes sont même apparues quant à des personnes privées de services bancaires en raison de leurs convictions politiques ou philosophiques.

Et votre réponse à tous ces échecs est davantage de pouvoir pour Bruxelles ?!

Notre réponse est NON.

L'EUROPE N'EST PAS L'UNION EUROPÉENNE

Tout au long de votre discours, vous avez parlé à plusieurs reprises comme si l'Europe et l'Union européenne ne faisaient qu'une.

Ce n'est pas le cas.

L'Europe est plus ancienne que l'UE et infiniment plus vaste que ses institutions.

Un Tchèque qui réclame la souveraineté tchèque est Européen. Un Français qui réclame la souveraineté française est Européen. Un électeur néerlandais qui dit NON à une intégration plus poussée est Européen.

S'opposer à votre projet politique, ce n'est pas s'opposer à l'Europe.

Après près de sept années sous votre présidence, vous avez décrit les crises de l'Union européenne, ses divisions, ses difficultés économiques, les menaces pour sa sécurité et la perte de confiance — mais nulle part vous ne vous êtes sérieusement demandé quelle part de responsabilité votre propre Commission porte dans l'état de l'Union que vous dirigez.

Diriger, c'est assumer ses responsabilités.

Vous nous demandez encore davantage de pouvoirs et l'autorité de prendre des décisions.

Notre réponse ne consiste pas simplement à dire que nous ne vous en donnerons pas davantage.

Nous reprenons les pouvoirs qui ont été transférés par le passé de nous-mêmes et de nos États à l'Union européenne.

La souveraineté appartient au peuple. Le pouvoir émane de lui — pas de Bruxelles. Ce que le peuple a confié, il peut aussi le reprendre.

Nous rejetons donc tout nouveau transfert d'autorité politique des nations européennes vers l'Union européenne, et nous reprenons les pouvoirs déjà transférés pour les ramener là où réside la souveraineté : auprès des peuples et de leurs États.

Vous avez demandé une réponse aux Européens.

Notre réponse est NON.

Vous vouliez savoir si vous aviez encore nos cœurs.

Vous ne les avez plus.

Vous demandez davantage de pouvoir.

Nous refusons.

Et nous reprenons le nôtre.

Après près de sept ans à la présidence de la Commission européenne, l'état de l'Union est aussi le résultat de votre direction.

En vertu des traités de l'Union européenne, le Parlement européen a le pouvoir de contraindre la Commission européenne à démissionner.

Il n'a pas assumé cette responsabilité.

Le pouvoir politique appartient en dernier ressort au peuple. Lorsque ses représentants ne parviennent pas à demander des comptes à ceux qui exercent le pouvoir, le peuple doit parler lui-même.

C'est donc ce que nous faisons.

Vous avez perdu notre confiance.

Vous avez perdu notre respect.

Et aux yeux des personnes dont le travail et les impôts font vivre les institutions que vous dirigez, vous avez perdu toute l'autorité politique que vous avez jamais eue.

Nous avons entendu votre évaluation.

Nous avons vu votre bilan.

Notre conclusion est la suivante :

MADAME LA PRÉSIDENTE, PAR LA PRÉSENTE, NOUS VOUS RÉVOQUONS.

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